"Les
résutats de cette année sont déterminants pour la compréhension du
rempart"
affirme Thomas Pertlwieser,
responsable de cette fouille organisée par l'Association pour la
Recherche sur l'Age du Fer en Auvergne.
La
structure la plus ancienne mise en évidence dans ce secteur correspond
à
une vaste carrière
qui a
entaillé profondément le rocher basaltique.
Cette
structure
s'étend, du
sud au nord, sur 13,5 m de largeur, depuis la base du parement interne
du rempart vers l'intérieur du plateau. La dimension est-ouest est
inconnue ; les limites de ce creusement se trouvent à l'extérieur du
chantier. La profondeur maximale du creusement est de 2,7 m
depuis la
surface du sol actuel.
Le fond de cet aménagement est
parfaitement
plat et semble correspondre à un plan de faille naturelle dans le
rocher. Ses parois sont plus irrégulières et présentent fréquemment un
profil en escalier qui résulte d'une extraction pratiquée en suivant
les failles verticales et horizontales apparues dans la coulée de
basalte au moment de son refroidissement.
Le comblement de la structure est constitué, en très grande majorité, de couches chargées en débris et éclats de basalte produits lors de l'utilisation de la carrière. Il s'agit d'une succession de strates de faible épaisseur, souvent très homogènes, qui se distinguent les unes des autres par la seule orientation et la taille des éclats et plaquettes de basalte qu'elles contiennent.
On a récolté peu de mobilier dans ce comblement : quelques tessons protohistoriques et quelques tessons de la Tène finale (c'est à dire entre -120 et - 70) (terminus post quem)
Une tombe a
été creusée jusqu'au niveau géologique dans ce comblement. Au fond se
trouvait un squelette, le seul mobilier qui l'accompagnait était un pot
décoré en céramique fine tournée. Ce pot semble dater de la la seconde
moitié du Ier s. av. J.-C. et probablement dans la période augustéenne.
Le mobilier du comblement
de la
fosse donne un terminus post quem LTD2b (c'est à dire entre -50
et -30
anavant J.-C.) pour l'installation de la tombe.
On
note aussi, au fond de la carrière le dépôt
intentionnel d'un cadavre
de chien et d'un jeune ovin.

Le rempart a été dégagé sur 18 m de long. Son mode de construction est semblable à celui déjà observé les années précédentes au sud-est du plateau.
L'état originel du rempart a une largeur de 2,5 m est est conservé sur une hauteur de 70 cm (US 21044 de couleur rose sur la photo). Il est fait de pierres de basalte roulés récoltées en surface.
Au dessus une phase de renforcement du
rempart avec des
pierres formées de grandes dalles de basalte aux arrêtes vives
qui proviennent
très certainement de la carrière adjacente( US 21045 de couleur
rouge sur la photo). Une partie est tombée (US 21006 de
couleur verte sur la photo)
La
construction n'est pas soignée et a l'air de s'être faite dans la
précipitation
"C'est surtout la structure même du mur, découvert sur une vingtaine de mètres, qui nous renseigne le plus. Il a visiblement été construit dans l'urgence."
Le rempart
semble avoir été
prolongé vers l'ouest dans la partie
qui correspond à une fouille ancienne (US 21075 couleur jaune sur la
photo). Le mur est ici conservé sur une
hauteur de 1,5 m et sa construction est beaucoup plus soignée.
Par
la suite un blocage de gros cailloux de basalte s'appuie contre le
parement interne du rempart qui est alors presque entièrement
recouvert.
Il constitue ainsi une rampe massive.
Aucun tesson ne permet de dater les premiers états de construction mais 96 fragments de céramiques et une fibule permettent de dater les derniers états de fonctionnement à l'époque Augustéenne (terminus post quem)
On
peut remarquer
que les pierres sont empilées sans aucune recherche (certaines sont
verticales, d'autres obliques).
On distingue aussi des joints
verticaux séparés par environ 1m, c'est
la largeur de travail d'un homme. Chacun devait travailler
individuellement sans se préoccuper,
certainement par manque de temps,
d'une bonne jonction avec la partie construite par son voisin.
Ceci
corrobore parfaitement le texte de César (Guerre des Gaules-livre VII -
chapitre 48) :
"... Cependant, ceux des Gaulois
qui s'étaient assemblés de l'autre côté de la ville, ainsi que nous
l'avons expliqué plus haut, pour y
faire des travaux de défense, ..."
Ainsi, la date de construction du rempart sud-est en pierre
sèches qui, après les fouilles 2003, nous semblait plutôt se situer aux
environs de -30 avant J.-C. doit être rectifiée. Elle est bien
contemporaine de la guerre des Gaules. Nous ne saurons jamais si elle
avait commencé en -54 ou un peu avant, ou même en -52 dès que l'on a su
que César se dirigeait vers Gergovie.
Le
travail nous semble colossal aujourd'hui mais la motivation aidant et
la main d'oeuvre étant nombreuse, un rempart de plus de 2m de haut peut
être construit dans la journée.
Le
premier événement important survenu dans ce secteur du site est
l'implantation d'une vaste carrière qui a servi à l'extraction de blocs
de basalte de grandes dimensions.
Cette structure correspond à
creusement pour lequel on a pu suivre l'extension sur une dizaine de
mètres du nord au sud et environ 11 mètres d'ouest en est. Si le bord
nord et une partie du bord est ont pu être dégagés, les limites ouest
et sud sont situées hors de l'emprise de la fouille de 2006. On ne
connaît donc pas l'extension totale de cet aménagement qui peut, si
l'on se base sur les observations faites dans le sondage sud-ouest où
une structure du même type a été dégagée, se développer sur près de 20
m de largeur.
Le comblement s'est fait au fur et à mesure de l'avancée du front de taille avec les déchets d'exploitation.
Le mobilier récolté permet de proposer une datation du comblement à la Tène D2 (soit environ 55-30 avant J.-C) .
C'est à un stade relativement
avancé du
comblement de la carrière (la dépression est comblée sur la moitié de
sa hauteur), que sont installées plusieurs structures qui témoignent
d'une occupation à vocation domestique et artisanale.
Une
citerne,
un bâtiment ainsi que plusieurs murs en pierres sèches sont
implantés dans ou en bordure de cette dépression encore nettement
perceptible dans la topographie.
Les
constructeurs ont
aménagé une terrasse pour niveler la partie sud de la construction. Cet
aménagement se présente sous la forme d'un amas de blocs de
basalte retenu par deux lignes parementées sur ses côtés
sud-ouest et sud-est, la construction n'étant pas alignée sur le nord.
Cet aménagement repose directement sur le remblais de carrière qui a été ponctuellement recreusé pour permettre son installation. Le côté nord-ouest de cette construction est matérialisé par une tranchée de palissade creusée dans le substrat basaltique.
A
environ 1
m à l'est du parement sud-est du bâtiment ont été dégagés les restes
d'un autre mur en pierre sèche assez fortement endommagé par
les
aménagements postérieurs (les fouilles récentes
notamment). Cette
construction relative massive (1,4 m de largeur) se développe vers le
nord parallèlement à la ligne de parement du bâtiment.
L'espace laissé libre entre le mur et le parement sud-est du bâtiment nous paraît avoir servi d'accès depuis le nord vers la citerne. A cet emplacement, la carrière présente un creusement en pente douce vers le sud qui aboutit juste à hauteur des arases du puits telles qu'elles étaient conservées. Contre la parois nord de la carrière ont été mis en place quelques de blocs de basalte qui semblent avoir eu pour fonction de constituer un emmarchement
Par la suite cet accès a été fermé d'un blocage de blocs de basalte parementés au sud. Cela peut indiquer l'abandon de la structure de puisage.
La datation de ces aménagements est surtout faite par le mobilier de comblement de la citerne. Pas de sigillée et parois fines augustéennes. On peut proposer une datation antérieure à la période augustéenne (55-30 av J.-C.) avec abandon à la fin de la Tène D2b.
Zone
dépotoir, nivellement de la carrière, installation du mur.
Cette
phase
correspond à une occupation de l'espace qui voit successivement
l'utilisation de la dépression de la carrière comme
zone
dépotoir, le nivellement de la carrière pour l'installation d'un mur en
pierres sèches puis sa destruction.
Un comblement
d'une couche de
50 cm riche en mobilier est déposée au sommet de la carrière encore
assez nettement marquée.
Dans un second temps, le reste de la dépression de la carrière fait l'objet d'un comblement massif sur lequel est construit un mur de basalte d'une largeur supérieure à l m qui vient s'appuyer sur ce qui peut correspondre aux restes de la fortification protohistorique, ou du moins d'un état tardif de celle-ci.

Le mobilier recueilli permet de dater cette phase à la période augustéenne.
Le
niveau dépotoir appartient plutôt au début du règne d'Auguste
(gobelets d'Aco, faible fréquence des sigillées, absence des
productions de Lezoux, fibule à disque médian) et peut être mis en
regard du dernier état de la phase 2. Les couches sommitales
s'accorderaient plus
avec une datation à la fin
du règne
d'Auguste ou au début de la période tibérienne mais qui ne dépasserait
pas la deuxième décennie du Ier s. ap. J.-C., compte tenu de l'absence
de nombreux marqueurs céramologiques.
Nous proposons de l'identifier à un niveau d'abandon postérieur à la destruction et au remblaiement des aménagements en pierres sèches.
Cette
phase correspond à
l'installation de l'ensemble de maçonneries constituant le dispositif
d'entrée gallo-romain.
Nous ne
présenterons pas de façon
détaillée,
dans ce rapport, cet ensemble maçonné et nous renvoyons le lecteur aux
rapports des années 2004 et 2005.
Aucune couche d'occupation n'a pu être associée à cet état maçonné. Il est probable qu'une grande partie des élévations conservées ne correspondent, en réalité, qu'aux fondations des bâtiments. En témoigne l'aspect extérieur de ces murs qui présentent, en partie basse, de larges "bourrelets" de mortier et un appareillage peu soigné ainsi que le manque de seuils d'entrées.
Sur
l'ensemble du mobilier collecté depuis 2004 (tous contextes confondus)
sur ce secteur on notera l'absence d'éléments très tardifs, puisque
seul un tesson appartient aux productions de la Graufesenque datées des
années 10/20 ap. J.-C. à la fin du Ier s. ap. J.-C., 20 tessons
appartiennent aux phases anciennes de Lezoux (fin Auguste-Tibère) alors
que la majorité des éléments correspond aux productions arétines (110
restes) et ne sont pas postérieures au règne d'Auguste ou de Tibère.
Compte tenu du phasage proposé et de l'absence d'éléments mobiliers gallo-romains réellement tardifs, la construction de cet aménagement est probablement à situer entre la fin de la période augustéenne et le milieu du Ier s. ap. J.-C
.